Le trek est une randonnée en itinérance,
en circuit ou en traversée, avec nuits en refuges ou en bivouac. Ce 30 septembre 2023, je retrouve 3 sportifs accomplis au Grand Bornand dans la Chaîne des Aravis pour un trek que j’organise avec l’agence Explora Project d’Annecy.
Le voyage n’est pas forcément lointain.
Nous pouvons être dépaysés à quelques kilomètres de chez soi. Il suffit de 3 jours à l’écart de la civilisation pour se reconnecter à la nature et à soi. Partager des moments simples, avoir le goût de l’effort, ne mettre dans son sac à dos que le strict nécessaire : voilà le programme de ce trek autour de la Pointe Percée.
La Pointe Percée est un sommet emblématique de la Chaîne des Aravis,
et son point culminant du haut de ses 2750 m d’altitude. Elle est en général accessible de mi-juin à fin octobre en randonnée. Le reste de l’année, il faut se munir du matériel d’alpinisme et, en plein hiver, quelques skieurs de l’extrême s’y aventurent.
Notre trek démarre au Col des Annes.
Nous nous dirigeons vers la Combe Marto puis l’alpage de Méry. La vue porte sur la Chaîne du Bargy et la Pointe d’Almet, curiosité géologique que cette klippe constituée de flysch au beau milieu des Préalpes calcaires. Les flancs de montagne sont largement déboisés à la faveur de l’activité agropastorale : Reblochon, Chevrotin des Aravis sont les emblèmes de l’agriculture locale, sanctuarisés par l’Appellation d’Origine Protégée.
L’automne est là, les landes à myrtilliers se parent de leurs couleurs flamboyantes.
L’effort est soutenu pour atteindre la Gueule à vent (2014 m). Les cols de montagne sont toujours tempétueux en raison de l’accélération du vent dans ces échancrures naturelles : c’est l’effet Venturi. Celui-ci est particulièrement bien nommé !
Bientôt l’heure de partager quelques produits du terroir. Il n’est pas rare d’apercevoir renards et marmottes entre les Chalets de Vormy et de Chérente.
La montée à la Tête du Château (2288 m)
est spectaculaire puisque la vue porte aussi bien vers la Tournette, sommet emblématique du bassin annécien, que vers les Cornettes de Bise et la Tête de Bostan côté massifs du Chablais et du Haut Giffre. L’ambiance est minérale à mesure que nous approchons du Col de la Forclaz (2324 m).
Le Mont Blanc est en vue,
ainsi que le Refuge de Doran, notre destination pour la soirée. Il reste tout de même 800 m de dénivelée à descendre, dans un pierrier où l’on s’enfonce jusqu’aux chevilles ! Les rencontres avec les bouquetins des Alpes et les chamois sont fréquentes : leur agilité dans ce milieu mouvant ferait pâlir n’importe quel montagnard aguerri.
Nous atteignons le Refuge de Doran (1500 m),
bâtisse rustique en bois, où l’équipe nous réserve un accueil chaleureux et de bons plats du terroir.



Le départ est matinal, la lumière est rasante.
La montée est soutenue en direction de l’Arête des Saix. Un fantastique panorama nous attend, du Beaufortain au Chablais en passant par la Vanoise, le Mont Blanc et le Haut Giffre. Les crêtes des montagnes déploient leurs dégradés de couleurs, du bleu au violet.
Nous poursuivons à flanc de montagne en contournant les Quatre Têtes.
Des troupeaux de chèvres alpines paissent encore tard dans la saison et les patous veillent au grain. Nous atteignons le Pas de Monthieu puis la Cascade des Fours. Curiosité géologique que ce Torrent des Fours au cœur d’un massif calcaire où l’eau s’infiltre plus qu’elle ne ruisselle. Malgré les fortes chaleurs de l’été, la cascade déploie toujours ses cheveux d’anges.
Nous voici à l’alpage de Chombas,
au pied du Mont Charvet et de la Pointe des Verts. Le sentier que nous empruntons est bien tracé, en léger dévers ce qui nécessite de rester vigilants malgré la fatigue qui s’insinue dans nos corps. Voici l’heure du pique-nique préparé avec soin par les équipes du refuge.
Arrivés sous le Col de Doran,
nous apercevons quelques bouquetins des Alpes particulièrement à l’aise dans ce terrain rocheux. Le sentier est vertigineux sur quelques dizaines de mètres, puis la montée est éprouvante au pied des grandes parois de la Pointe Percée. Une vire spectaculaire plus tard et nous voici au Col des Verts (2550 m). La Combe des Verts qui suit est un immense pierrier que nous traversons pour rejoindre quelques-uns des plus grands lapiaz de Haute Savoie. Ces dalles rocheuses, calcaires, ont été lentement érodés et sculptées par l’eau à l’échelle des temps géologiques. Elle sont magnifiques mais piégeuses.
Voici le Refuge de la Pointe Percée,
flambant neuf à l’emplacement de l’ancien Refuge Gramusset. Nous dînons et passons une courte nuit dans une ambiance de haute montagne.



Petit déjeuner nocturne, départ à la lampe frontale.
Nous voici en route pour le sommet de la Pointe Percée. Mieux vaut bien connaître l’itinéraire pour ne pas se perdre entre lapiaz et pierriers. Quelques traces de peinture rouge sont les bienvenues en pleine nuit.
Nous posons les mains sur la roche plus que nous nous hissons dans ce dédale de vires et de rampes assez vertigineuses. Nous atteignons le sommet et profitons de ces incroyables lumières de l’aube. Le massif du Mont Blanc est face à nous tandis que la Vanoise et les Ecrins sont bien visibles à l’arrière plan. Bientôt, la Barre des Ecrins s’éclaire d’un rose pâle. Puis c’est au tour des 3000 de s’allumer les uns après les autres. Grande Casse, Aiguille de la Grande Sassière, la Meije, autant de sommets emblématiques des Alpes françaises.
Un lever de soleil en montagne est un instant suspendu.
Loin de la civilisation, le dépaysement est total. Puis la descente au refuge nous ramène à la réalité : rester attentif à notre pose de pied.
Un en-cas au refuge et nous voilà repartis à travers ces immenses lapiaz inclinés.
Mieux vaut connaître le chemin là aussi ! Bientôt, nous atteignons la Pointe de Chombas (2468 m), superbe belvédère sur la Chaîne des Aravis. La descente s’effectue par le Pré aux Chèvres avant de retrouver un vrai sentier bien tracé à la faveur du GR de Pays Massif de Tournette Aravis. Pour le pique-nique, ce sera mi ombre mi soleil.
Passé le chalet d’alpage du Planet,
il ne reste qu’à monter au Col de l’Oulettaz et suivre une crête très esthétique où le rouge des myrtilliers le dispute à l’orange des rhododendrons ferrugineux. Voici la Tête des Annes puis l’ultime tronçon de piste qui nous emmène au Col des Annes.
Un verre de l’amitié et nous repartons au Grand Bornand pour clôturer ce trek autour de la Pointe Percée. Encore une belle aventure en montagne !





