Coucher de soleil au Semnoz

La neige étendait son manteau immaculé sur le plateau du Semnoz.

Chaque pas que je faisais avec mes raquettes s’accompagnait d’un léger crissement, discret, comme une note ajoutée à la partition silencieuse du soir. Le froid se faisait sentir, vif mais pas mordant, et j’avançais lentement, respirant l’air pur qui emplissait mes poumons comme une eau claire.

Le soleil déclinait déjà vers l’ouest. Sa lumière s’adoucissait, se posant sur les cimes des épicéas comme une caresse dorée. Les arbres semblaient se figer pour mieux capter cette chaleur fragile. Leur ombre s’allongeait sur la neige, dessinant des formes mouvantes que le vent effaçait aussitôt. Autour de moi, tout était calme, presque irréel, comme si le plateau retenait son souffle pour accueillir le crépuscule.

Je marquai une pause au bord d’une clairière. Là, le regard s’ouvrait, libéré de la forêt. Le ciel se teintait d’orange, puis de rose, et enfin de violet, dans un dégradé subtil qui transformait l’horizon en aquarelle vivante. Je restai immobile, captivé, le cœur battant au rythme lent de la nature. Dans ce silence, j’entendais presque le passage du temps, comme un murmure discret.

Brume d'altitude autour du plateau du Semnoz
Brume d’altitude autour du plateau du Semnoz
Flamboyante lumière d'un coucher de soleil hivernal au Semnoz
Flamboyante lumière d’un coucher de soleil hivernal au Semnoz

Je repris ma marche, chaque pas soulevant un nuage de poudreuse légère.

Les sons du monde semblaient absorbés par la neige. Même le vent, habituellement vif sur ces hauteurs, soufflait avec douceur, comme s’il craignait de troubler la sérénité du moment. À mesure que je montais, l’horizon s’élargissait. Le lac du Bourget était masqué par la brume du soir. Plus loin, les silhouettes sombres des montagnes se dessinaient, majestueuses et immobiles, comme les gardiennes silencieuses de la nuit à venir.

Je m’assis sur un rocher enneigé. Le froid traversa mes vêtements, mais je n’y prêtais pas attention. Devant moi, le soleil s’inclinait lentement, et le ciel s’embrasait. Les couleurs changeaient à chaque seconde : l’orange devenait pourpre, le bleu se fonçait, et bientôt les premières étoiles pointèrent timidement. Je savourais ce moment suspendu, conscient de sa fragilité.

Coucher de soleil sur le plateau du Semnoz à proximité d'Annecy
Coucher de soleil sur le plateau du Semnoz à proximité d’Annecy

Tout semblait s’harmoniser : le froid, la lumière, le silence, la fatigue légère de mes jambes.

J’avais l’impression que le monde entier ralentissait pour me permettre de contempler cette transition. Dans cette quiétude, mes pensées se faisaient rares. Je n’étais plus qu’un regard, qu’une présence offerte à la beauté simple de la montagne. Quand le soleil disparut derrière les crêtes, un calme profond se posa sur le plateau. Le ciel vira au bleu nuit, et les étoiles se multiplièrent, étincelantes, comme si elles s’étaient rapprochées. J’allumai ma lampe frontale, non par nécessité immédiate, mais pour marquer symboliquement le passage du jour à la nuit.

Je me levai enfin. Le moment du retour était venu, mais je gardais en moi la sérénité de ce spectacle. Chaque pas de descente résonnait doucement, écho tranquille d’une marche apaisée.

Lumière rougeoyante du crépuscule au Semnoz, au cours d'une randonnée en raquettes
Lumière rougeoyante du crépuscule au Semnoz, au cours d’une randonnée en raquettes

Le Semnoz, derrière moi, s’enveloppait dans son manteau nocturne, mais son souvenir restait lumineux.

Je compris alors que cette randonnée n’était pas seulement un parcours dans la neige. C’était une traversée intérieure, une halte dans le tumulte du quotidien, une invitation à écouter le silence et à accueillir la beauté.

Et tandis que je m’éloignais, je me promis de revenir, un autre soir, pour retrouver ce souffle de paix que seule la montagne sait offrir.

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