Cette merveilleuse journée d’automne démarre aux Confins, sur la commune de la Clusaz.
Les vacanciers sont bel et bien partis, retournés à leur rythme effréné de travail dans les métropoles surpeuplées. Cette pensée me saisit et contraste avec la douceur et la tranquillité retrouvée de la Chaîne des Aravis.
L’automne pour un accompagnateur de moyenne montagne est une période calme, avec peu de sollicitations professionnelles. C’est le moment idéal pour dresser le bilan de l’année écoulée et tracer les perspectives des saisons à venir. Quelles randonnées vais-je proposer l’an prochain ? Quelles thématiques vais-je approfondir pour étoffer mon discours d’animateur nature ?
Une fine couche de sucre glace est tombée sur les sommets des Aravis
et il est encore temps d’arpenter ces grands espaces en baskets de trail running. Les gardiens de refuges de montagne ferment leurs portes pour quelques mois, à l’instar du Refuge de la Bombardellaz qui garde l’entrée de la Combe de Tardevant. C’est l’époque des réparations et des travaux de rénovation indispensables à la pérennité de ces bâtiments soumis aux rigueurs du climat montagnard.
Je m’engage dans la Combe de la Grande Forclaz et apprécie le contraste entre le brun vert des pelouses sèches d’altitude et le blanc gris de la fine couche de neige qui peine à masquer les cailloux si nombreux dans cette Chaîne des Aravis. Les barres rocheuses qui descendent du Mont Fleuri et de l’Ambrevetta ressemblent à certains endroits à des visages tels des gardiens du temple montagnard.


Je surprends une harde de chamois occupés à dénicher quelque nourriture entre les cailloux
et dont le pelage n’est pas encore hivernal. Certains lèvent la tête en pareille circonstance, aux aguets face à un intrus qui n’est pour l’heure identifié ni comme une menace nécessitant la fuite ni comme un ami qui leur veut du bien. Aux portes de l’hiver, la faune sauvage restreint ses déplacements au strict nécessaire tant le niveau de déficit énergétique déterminera leur survie au printemps. Il s’agit pour moi de ne pas m’écarter des chemins habituellement fréquentés et d’en rester à un dérangement prévisible pour ces ongulés emblématiques de nos montagnes.

Voici le Passage de la Grande Forclaz (2311 m).
Cette fenêtre sur l’Envers des Aravis donne à voir les superbes étendues de pelouse alpine de la Combe des Fours. L’hiver grignote petit à petit ces espaces d’altitude, à moins que la douceur de l’automne ne l’emporte une fois encore, provisoirement. Les nuages enveloppent ce décor et lui donnent une part de mystère, tel un tableau de maître hésitant entre l’accueil chaleureux et l’austérité.

Un court passage mérite toute mon attention pour prendre pied sur l’arête de Tardevant, sommet emblématique des Aravis du haut de ses 2501 m d’altitude.
Le sentier est encore bien visible et praticable en l’absence de glace. Les nuages commencent à se dissiper et l’atmosphère comme figée par la pellicule de neige devient soudainement plus chaleureuse. Au loin, la Vallée du Bouchet et le massif des Bornes sont encore verdoyants.


Il ne reste plus qu’à descendre en petites foulées dans la Combe de Tardevant,
en direction du lac du même nom. En l’absence de vent, le lac est un miroir reflétant la beauté et une certaine sauvagerie des montagnes acérées des Aravis. Je complète ma collection de photographies de ce lieu ci particulier tant les lacs sont rares dans les Préalpes Nord Occidentales.
A présent, je dévale les lacets du sentier en direction des chalets de Paccaly d’en haut, de la Bottière et de la Lanchette. Les Confins sont en vue.



